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Consommation d’energie, villas vs immeuble

« Vivre en villa consomme 3 à 4 x plus d’énergie donc émet 3 à 4 fois plus de CO2 que vivre dans les appartements »

Cette déclaration faite par le chef du département du territoire sur Radio Lac le 28 novembre dernier mérite d’être analysée car on peut faire dire beaucoup de choses aux chiffres, cependant il faut les mettre en perspective. S’agit-il de valeurs absolues ou relatives ? Le comparatif se fait-il à surfaces égales ? S’agit-il de comparer des immeubles neufs avec des villas anciennes ou récentes ? Prend-on en compte la source de production de chaleur, qui peut faire varier énormément les émissions de CO2 ? En outre, si l’on connaît bien les Indices de dépense de chaleur (IDC) des immeubles dont les propriétaires ont l’obligation depuis 2010 de les annoncer à l’OCEN, à contrario ceux des villas ne sont pour l’instant pas connus, il semble donc hasardeux d’avancer des chiffres concernant les consommations d’énergie globales des villas.

Il n’y a pas de différence de consommation

S’il s’agit de villas neuves construites selon les derniers standards énergétiques (Minergie-P, THPE – Très Haute performance Energétique 2000W) que l’on compare à des immeubles du même standard, il n’y a pas de différence de consommation par m2 chauffé. Un avantage est à relever pour la villa qui pourrait produire plus d’énergie qu’elle n’en consomme (standard Minergie-A) alors que pour un immeuble cela est difficilement réalisable compte tenu de sa hauteur avec un ratio surface toiture/surface chauffée défavorable et un plan financier généralement limité, notamment en zone de développement.

Comparer ce qui est comparable

S’il s’agit de comparer un immeuble neuf au standard (Minergie-P ou THPE 2000 W) avec des villas construites dans les années 1930, faiblement isolées, il est alors exact que l’immeuble consommera moins d’énergie par m2 chauffé, mais dans ce cas l’on compare des objets différents.

Ce qui est certain, est que si l’on démolit des villas pour y construire un immeuble, la consommation d’énergie ramenée au m2 de terrain augmentera ainsi que la consommation globale d’énergie et d’émission de CO2.

En définissant un indicateur, par exemple : « l’intensité énergétique territoriale – IET », la consommation énergétique rapportée à 1 m2 de terrain, il est possible de faire la comparaison entre deux zones construites. Dans ce cas on peut sans aucun doute dire que globalement la zone villa émet moins de CO2 que la zone immeubles (à standards énergétiques équivalents).

En prenant l’exemple suivant on peut déterminer l’IET :

Il s’agit de la construction de 3 immeubles locatifs neufs totalisant 45 appartements, d’une surface de référence énergétique (SRE) de 5’080 m2, construits sur 3 parcelles réunies d’une surface totale de 3’319 m2 qui abritaient 3 villas de 160 m2 de SRE. L’indice de dépense de chaleur était alors de l’ordre de 600 MJ/m2/an/villa et l’indice de dépense d’électricité de 32 kWh/m2 SRE (les villas dataient des années 30).

Les calculs montrent quavant la construction des immeubles l’IET était de 24.2 kWh/m2 de terrain, qui est passé à 57.6 kWh/m2 de terrain après la construction de ces 3 immeubles (standard Minergie-P), soit une augmentation d’un facteur 2.4. Concernant « l’IET électrique », celle-ci est passée de 4.7 kWh/m2 de terrain à 73.2 kWh/m2 de terrain, soit une augmentation d’un facteur 15.5.

Cet exemple, assez caractéristique de la zone villas, montre que pour chaque m2 de terrain perdu en zone villa au profit de la zone de construction d’immeubles, « l’intensité énergétique territoriale – IET » augmente d’un facteur 2.3 et la consommation électrique d’un facteur 15.5.

Si l’on compare les dépenses d’énergie par m2 de plancher chauffé, il y aura effectivement une diminution de la consommation d’énergie avec la construction d’un nouvel immeuble à la place des anciennes villas (d’un facteur 3.6). Mais dans ce cas l’on compare deux standards énergétiques très différents (villas des années 30 et immeuble neuf Minergie-P) ce qui n’est pas pertinent (la démonstration contraire pourrait être faite avec un immeuble des années 30 et des villas au standard Minergie-P).

Consommer moins, produire davantage

Afin de pouvoir répondre aux objectifs du Conseil d’Etat, qui préconise une baisse de 60% des émissions de CO2 à l’horizon 2030, une première alternative consisterait à rénover ces villas selon les derniers standards énergétiques (Minergie-P, THPE 2000 W). La baisse de l’IET thermique serait alors de 72% et de l’IET électrique de 23%.

La deuxième alternative consisterait à entrer dans un processus de démolition-reconstruction des 3 villas en choisissant le standard énergétique le plus élevé (Minergie-A) permettant ainsi de produire plus d’énergie que ce que les villas consomment grâce, notamment, au solaire photovoltaïque.

Ainsi la zone villa, de par son faible IET thermique et IET électrique, contribue à atteindre aussi bien les objectifs cantonaux que fédéraux en s’inscrivant dans ceux de la « stratégie énergétique 2050 » de la Confédération.

Un faux débat et… des omissions

Opposer la consommation d’énergie de la zone villas à la zone immeubles est un faux débat, notamment lorsqu’il y a des standards énergétiques très différents en fonction des années de construction.

Dans cet exemple, il n’a pas été tenu compte du fait que les nouveaux immeubles d’habitation, construits selon les derniers standards énergétiques, consomment généralement entre 40 et 100% de plus que ce qui a été calculé pour la demande d’autorisation de construire, à défaut d’être suivi sur le plan énergétique d’une manière optimale.

Un autre élément à mentionner, également non pris en considération dans cet exemple, est que le nombre de véhicules qui passe de 5 véhicules sur 3’319 m2 à 45 véhicules sur la même surface de terrain, d’où des émissions de CO2 beaucoup plus importantes.

Alors que fait-on si l’Etat estime que la zone villas consomme trop de CO2 ? Doit-on la supprimer pour n’y construire plus que des immeubles ou l’Etat envisage-t-il de mettre en place un plan ambitieux pour inciter les propriétaires à améliorer énergétiquement leurs biens ?

Dans le même temps, l’Etat de Genève, qui devrait être exemplaire en matière énergétique, n’a toujours pas assaini ses bâtiments équipés de simple vitrage, alors que la loi promulguée il y a plus de 25 ans par cette même autorité, oblige leur remplacement par des vitrages isolants. Le propriétaire de villa doit, lui, s’exécuter sous peine d’être amendé. Y a-t-il deux poids deux mesures ? Quelle quantité supplémentaire de CO2 est émis par la non- conformité de la loi de la part de l’Etat?

(1) http://www.bfe.admin.ch/energiestrategie2050

(2) http://www.geneve.ch/grandconseil/data/texte/RD00986.pdf